Vos salariés passent l’essentiel de leur journée assis, et vous sentez bien que cette immobilité a un coût, sans toujours savoir lequel ni comment agir. On associe souvent les risques professionnels aux métiers physiques. Pourtant, la sédentarité touche d’abord les fonctions tertiaires, et elle n’a rien d’une fatalité.
Cet article fait le point sur ce qu’est réellement la sédentarité, ses effets sur la santé et la performance, puis détaille les leviers que vous pouvez activer dans votre entreprise. À la clé, une vision claire pour intégrer le sujet à votre démarche de prévention. Commençons par lever une confusion fréquente.
Qu’est-ce que la sédentarité au travail ?
On confond souvent sédentarité et manque d’activité physique. Ce sont deux notions distinctes.
La sédentarité désigne le temps passé en position assise ou allongée pendant les périodes d’éveil (hors temps de sommeil), avec une dépense énergétique très faible, proche de celle du repos. C’est cette dépense quasi nulle, et le temps assis qu’elle accompagne, qui posent problème, indépendamment du sport pratiqué par ailleurs. Cette définition fait référence dans le cadre OMS et de la Haute Autorité de santé, reprise par Santé publique France.
L’inactivité physique, elle, correspond à un niveau d’activité inférieur aux recommandations, soit moins de 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine pour un adulte (Organisation mondiale de la santé).
La nuance compte. Un salarié peut courir trois fois par semaine et rester très sédentaire le reste du temps, parce qu’il enchaîne huit heures assis au bureau, le trajet en voiture et la soirée devant un écran. L’activité physique ne compense pas entièrement les effets d’une position assise prolongée.
Au travail, la sédentarité touche surtout les postes de bureau et le tertiaire. Le télétravail a renforcé la tendance : moins de déplacements internes, moins de trajets jusqu’à une salle de réunion, davantage d’heures sans interruption.
Pourquoi la sédentarité est-elle un enjeu sous-estimé en entreprise ?
La position assise prolongée fait partie du décor. Comme elle ne provoque pas d’accident visible, elle reste un risque diffus, rarement traité comme tel.
Pourtant, le temps passé assis a augmenté avec la généralisation du travail sur écran. En 2024, 28 % des adultes de 18 à 79 ans passent plus de 7 heures par jour assis, seuil qui définit une sédentarité élevée. Cette proportion dépasse 40 % chez les 18-29 ans, les personnes les plus diplômées et les cadres. Les télétravailleurs réguliers figurent eux aussi parmi les profils les plus exposés, autant de catégories surreprésentées dans les fonctions tertiaires.
Un risque professionnel à intégrer au DUERP
La sédentarité entre dans le champ de l’évaluation des risques professionnels. À ce titre, elle a sa place dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), que l’employeur a l’obligation de tenir à jour (Code du travail, article R4121-1).
L’inscrire au DUERP, c’est reconnaître la position assise prolongée comme un facteur de risque au même titre que le port de charges ou les postures contraignantes. C’est aussi le point de départ d’un plan d’action cohérent.
Quels sont les risques de la sédentarité au travail pour la santé ?
Les effets d’une sédentarité élevée touchent le corps et le moral. Ils se construisent dans la durée, ce qui les rend faciles à ignorer sur le moment.
Risques physiques : TMS, troubles cardiovasculaires et métaboliques
Rester assis des heures sollicite la colonne de façon statique et déséquilibrée. Cette immobilité favorise l’apparition de troubles musculo-squelettiques (TMS), en particulier les douleurs lombaires liées à la posture assise prolongée. Les douleurs cervicales, fréquentes elles aussi au bureau, relèvent surtout du travail sur écran.
Au-delà du dos, une sédentarité importante est associée à un risque accru de :
- Maladies cardiovasculaires : la faible dépense énergétique pèse sur le système circulatoire.
- Diabète de type 2 : l’immobilité prolongée perturbe le métabolisme.
- Surpoids et obésité : moins de dépense, à apport constant.
Ces associations sont documentées par les autorités de santé (INRS, Anses, Santé publique France). Elles décrivent un risque statistique, pas une fatalité individuelle : un salarié qui présente des douleurs persistantes doit être orienté vers un médecin.
Le cas particulier du dos : posture assise et lombalgie
La posture assise est rarement neutre. Au fil des heures, le bassin bascule, le bas du dos s’arrondit et la courbure lombaire naturelle s’efface. Cette position entretenue fatigue les structures du rachis et prépare le terrain des lombalgies.
C’est là qu’une bonne compréhension de la posture change la donne. Plutôt que de chercher à se tenir « dos droit », rigide, l’idée est de préserver la courbure naturelle du bas du dos, la lordose lombaire, même assis. Le bassin reste le point d’ancrage : c’est lui qui pilote la posture, pas la volonté de se redresser.
Mais aucune position, même bien réglée, n’est tenable des heures durant : le vrai levier reste de changer de position régulièrement et de se lever souvent pour rompre l’immobilité.
Effets sur la santé mentale et la performance
L’immobilité prolongée ne pèse pas que sur le corps. Une sédentarité élevée est associée à davantage de fatigue, de baisse de concentration et, dans certaines études, à un niveau d’anxiété plus marqué.
Pour l’entreprise, cela se traduit concrètement. Une équipe qui ne bouge jamais perd en énergie l’après-midi. Les pauses actives, à l’inverse, soulagent une zone fortement sollicitée, aident à relancer l’attention et soutiennent la productivité sur la journée.
Comment lutter contre la sédentarité au travail ?
Réduire la sédentarité ne demande pas de bouleverser l’organisation. Le principe validé par les autorités de santé est simple : interrompre régulièrement la position assise, plutôt que de viser une grande séance de sport en fin de journée. L’Anses et l’INRS recommandent désormais de rompre la position assise idéalement toutes les 30 minutes, par quelques minutes de marche, et de limiter le temps assis cumulé sur la journée.
Plusieurs familles de leviers se combinent : l’organisation du travail, l’environnement et le mobilier, la promotion de l’activité physique et les habitudes individuelles. Le tableau ci-dessous aide à arbitrer selon l’effort à fournir et l’impact attendu.
Tableau décisionnel : quels leviers activer en priorité ?
| Levier | Niveau d’action | Effort de mise en place | Impact attendu |
|---|---|---|---|
| Ruptures de position régulières (se lever, marcher quelques minutes) | Individuel / collectif | Faible | Élevé |
| Réunions « marchées » ou debout | Organisation | Faible | Moyen |
| Pauses actives encadrées au poste | Individuel / collectif | Moyen | Élevé |
| Bureaux assis-debout réglables | Mobilier | Élevé (investissement) | Élevé |
| Encourager les déplacements internes (escaliers, points centralisés) | Environnement | Faible | Moyen |
| Activité physique encouragée (créneaux, défis, cartes de club) | Organisation / avantages | Moyen | Moyen |
| Sensibilisation des managers et des équipes | Organisation | Moyen | Élevé (durable) |
L’importance des pauses actives
Parmi tous ces leviers, la pause active est sans doute le plus simple à mettre en place et l’un des plus efficaces. Le principe : interrompre la position assise par quelques minutes de mouvement ciblé, directement au poste ou à côté, sans tenue de sport ni équipement. C’est la traduction concrète de la recommandation des autorités de santé de rompre l’immobilité régulièrement.
Quelques minutes suffisent à relancer la circulation, à détendre les zones les plus sollicitées par la position assise et à recentrer l’attention. Sans viser une liste exhaustive, quelques gestes simples donnent une idée de ce que recouvre une pause active.
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Pour le dos et les lombaires : se lever, marcher quelques pas, puis enchaîner de légères mobilisations du bassin et des étirements du bas du dos pour relâcher la zone lombaire mise à mal par l’assise prolongée. -
Pour la nuque et les épaules : quelques rotations lentes des épaules et un assouplissement de la nuque, particulièrement utiles après un long travail sur écran. -
Pour la fatigue visuelle : détourner le regard de l’écran et fixer un point lointain quelques instants, pour reposer les yeux sollicités en continu.
L’efficacité tient surtout à la régularité. Une pause active courte mais répétée dans la journée vaut mieux qu’un long étirement isolé. Encadrées par un intervenant santé, ces pauses gagnent en justesse : les salariés apprennent à mobiliser les bonnes zones, sans gestes contre-productifs, et adoptent plus durablement le réflexe de bouger.
Agir sur l’organisation du travail
L’organisation donne le cadre. Quelques ajustements suffisent à remettre du mouvement dans la journée.
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Proposer des réunions debout ou en marchant pour les échanges courts. -
Centraliser imprimantes et points de café pour générer des déplacements. -
Inscrire des ruptures de sédentarité dans les habitudes d’équipe, par exemple se lever quelques minutes à intervalle régulier. -
En télétravail, encourager une vraie coupure pour bouger entre deux visioconférences.
L’idée n’est pas d’ajouter des contraintes, mais de faire en sorte que bouger redevienne le réflexe par défaut.
Aménager l’environnement et le mobilier
Le mobilier actif, comme les bureaux assis-debout, fait partie des leviers recommandés pour faciliter l’alternance des positions. L’INRS rappelle toutefois que l’essentiel reste de rompre régulièrement la position assise, idéalement toutes les 30 minutes : le mobilier n’est qu’un outil au service de cette alternance, pas une solution en soi.
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Bureaux assis-debout réglables en hauteur, qui permettent d’alterner les positions dans la journée. -
Espaces de travail informels où l’on peut s’installer debout. -
Du mobilier ajustable, adapté à la morphologie, pour soutenir une posture confortable.
Ces aménagements représentent un investissement. Ils n’ont d’effet que si les salariés sont accompagnés dans leur usage : un bureau assis-debout jamais relevé ne sert à rien. L’INRS précise d’ailleurs que le travail debout ne doit pas remplacer entièrement le travail assis, mais bien s’alterner avec lui.
Encourager l’activité physique et le sport en entreprise
Au-delà des ajustements du poste, l’entreprise peut cultiver une véritable dynamique de mouvement. Proposer ou faciliter l’activité physique envoie un signal fort et ancre la prévention dans la culture de l’équipe.
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Proposer des temps collectifs : cours sur la pause déjeuner, défis collectifs (challenge marche ou nombre de pas), séances de mobilité animées par un intervenant. -
Mettre en place des offres exclusives : tarifs négociés ou cartes de club auprès d’une salle de sport ou de clubs partenaires, abonnements préférentiels, voire participation de l’entreprise à une partie du coût. -
Lever les freins pratiques : douches, local à vélos, souplesse d’horaires autour d’un créneau sportif, information régulière sur les dispositifs disponibles.
Un point de vigilance : l’activité physique, même régulière, ne neutralise pas à elle seule les effets d’une position assise prolongée. Elle complète les ruptures de sédentarité dans la journée, elle ne les remplace pas.
Soutenir les habitudes individuelles
À l’échelle de chacun, de petits gestes répétés font la différence. Varier les positions et se lever régulièrement reste le réflexe le plus efficace pour rompre l’immobilité au fil de la journée.
Côté posture assise, quelques repères simples aident à limiter la fatigue du dos.
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Conserver un appui lombaire qui préserve la courbure naturelle du bas du dos, sans se cambrer ni s’avachir. -
S’appuyer sur le bassin comme point d’ancrage de la posture, plutôt que de forcer le redressement du tronc. -
Changer de position souvent : aucune posture n’est bonne si elle est figée trop longtemps. -
Se lever et marcher quelques minutes pour relancer la circulation et soulager le dos.
La spécificité My Ostéo Prévention
Encadrées par des ostéopathes, les interventions My Ostéo Prévention associent pauses actives et repères de posture adaptés à la réalité des postes. Pour les salariés exposés au port de charges et à la manutention, MOP forme par ailleurs à la méthode LLC (Lordose Lombaire Contrôlée), une approche physiologique qui apprend à préserver la courbure naturelle du bas du dos en initiant le mouvement à partir du bassin lors des efforts.
Quels bénéfices pour l’entreprise ?
Agir sur la sédentarité sert d’abord la santé des salariés. Les retombées pour l’entreprise suivent.
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Moins de TMS et de douleurs, donc un absentéisme mieux maîtrisé sur la durée. -
Des équipes plus alertes : bouger soutient l’attention et l’énergie sur la journée. -
Une démarche de prévention crédible, qui nourrit le dialogue social et la marque employeur. -
Un DUERP plus complet, signe d’une politique de prévention prise au sérieux.
Ces bénéfices se construisent dans le temps. Une intervention ponctuelle sensibilise ; c’est la régularité qui ancre les habitudes.
FAQ : sédentarité au travail
La sédentarité désigne le temps passé assis ou allongé avec une faible dépense énergétique, proche du repos, hors temps de sommeil. L’inactivité physique correspond à un niveau d’activité inférieur aux recommandations. On peut être actif sportivement et sédentaire le reste de la journée.
Chez les adultes actifs, le temps assis avoisine 12 heures par jour les jours travaillés (ONAPS, d’après l’étude ACTI-Cités). Par ailleurs, 28 % des adultes de 18 à 79 ans dépassent 7 heures assises quotidiennes (Baromètre de Santé publique France 2024). Les fonctions tertiaires et le télétravail tirent ces chiffres vers le haut.
Oui. La position assise prolongée est un facteur de risque professionnel qui a sa place dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, au même titre que les autres contraintes physiques.
Interrompre régulièrement la position assise, idéalement toutes les 30 minutes, est le principe central rappelé par les autorités de santé. Le mobilier actif, comme les bureaux assis-debout, est un outil utile pour faciliter cette alternance, mais il ne remplace pas la rupture régulière elle-même.
Une pause active consiste à interrompre la position assise par quelques minutes de mouvement ciblé directement au poste : marcher quelques pas, mobiliser le dos et les épaules, reposer les yeux après le travail sur écran. Courtes mais régulières, ces pauses relancent la circulation, soulagent les zones sollicitées par l’assise et soutiennent la concentration. C’est l’un des leviers les plus simples et les plus efficaces contre la sédentarité, surtout lorsqu’il est encadré par un intervenant santé qui guide les bons gestes.
Pas entièrement. L’activité physique régulière est bénéfique, mais elle ne neutralise pas tous les effets d’une position assise prolongée pendant la journée.
Réduire la sédentarité passe souvent par l’accompagnement des équipes : pauses actives, repères de posture, sensibilisation. Pour mettre en place une démarche adaptée à votre entreprise et à vos postes, échangez avec un intervenant.










